Liliane Dupuy, une personnalité très sympathique de la rue Charles de Gaulle

Liliane Dupuy, qui fut présidente ces dernières années de l’association des commerçants, évoque avec nous ses souvenirs, son attachement à sa boutique, Marily, mais aussi à une certaine forme de commerce de proximité comme Regard sur Marmande aime à le défendre.

IMG_7494Pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

J’ai travaillé vingt ans chez Mme Bousquet, qui était une excellente commerçante et qui possédait le plus beau magasin de lingerie de Marmande, rue Abel Boyer. Je n’avais même pas 30 ans, c’était un rêve pour moi. J’ai appris le métier et je me suis épanouie. Lorsque Mme Bousquet a pris sa retraite, je me suis installée en 1993 dans la rue Charles de Gaulle. Les clientes m’ont suivie, étant donné qu’elles me connaissaient depuis des années. Je me suis attachée à elles. Des relations se sont créées, on a partagé nos joies, nos souffrances (Liliane s’interrompt et reprend très émue)… Quand j’ai perdu mon fils Laurent il y a cinq ans, ma famille mais aussi mon commerce m’ont permis de rester debout. Mes clientes m’ont aidé moralement d’une façon extraordinaire. Tous les commerçants, surtout ceux de la rue Charles de Gaulle que je remercie de tout coeur, ont été très proches de moi.

Que va devenir votre magasin après votre départ ?

J’ai la chance d’avoir trouvé une personne, Estelle, qui reprend la boutique. J’ai signé une convention pour l’accompagner pendant un an. Je partirai progressivement à la retraite. La passation va se faire en douceur. Cela a rassuré mes clientes.

C’était important pour vous que Marily continue d’exister ?

Oui, tout à fait ! Parce que c’est mon bébé, je l’ai créé. Si le magasin avait disparu ou s’il avait cédé la place à un autre, j’aurais eu l’impression que tous mes efforts, tout ce que j’ai donné pendant vingt-trois ans, se seraient effondrés. La boutique va continuer à porter ce nom, Estelle va garder les mêmes marques, rajeunir aussi le commerce tout en préservant la continuité.

Un commerce proche de ses clients comme Marily fait battre le coeur d’un centre-ville.

Quels souvenirs de votre magasin vont-ils finalement vous rester ?

Les plus beaux sont aussi les plus tristes : tout le soutien et toute la chaleur que m’ont apporté les clientes au départ de mon fils Laurent… Je me rappelle aussi combien elles étaient heureuses de me voir démarrer dans mon commerce. J’appréhendais de m’installer. Leur réaction fut une surprise incroyable. Ma première cliente était une personne âgée que j’avais servie pendant vingt ans. Elle m’a dit : « Il paraît que je porte bonheur quand j’ouvre la caisse, donc je veux être votre première cliente pour vous porter chance ». Cinq ans plus tard, quand j’ai appris qu’elle était hospitalisée, je suis allée lui porter un bouquet de fleurs en lui disant : « Si je suis encore là aujourd’hui, c’est peut-être grâce à vous ». J’en reviens toujours à la bonté de mes clientes.

Votre personnalité doit aussi jouer beaucoup ?

C’est possible. J’ai souvent entendu : « Dans votre commerce, on se sent bien, comme chez nous ».

Vous ne craignez pas que cet état d’esprit disparaisse ?

Estelle en est consciente et c’est pour cette raison qu’elle tenait à ce que je reste près d’elle dans un premier temps. J’aimerais qu’il se passe avec elle la même chose qui s’est produite entre Mme Bousquet et moi, quand je me suis imprégnée de sa gentillesse et de son professionnalisme. Estelle sera une excellente commerçante, je le sens !

Quel bilan tirez-vous de votre fonction de présidente au sein de l’association des commerçants de Marmande ?

J’ai toujours fait partie des bureaux depuis que j’ai ouvert mon magasin. J’ai été présidente ces trois dernières années. Le dernier bureau était complètement disloqué, il n’y avait plus de président, de trésorier… Pour les fêtes de fin d’année, nous avions reconstitué un semblant de bureau avec des IMG_7493commerçants que je ne connaissais pas. Nous étions une dizaine et ça s’était très bien passé. Nous avons continué sur notre lancée. Je me suis dit qu’il fallait bien qu’il y ait une présidente et je me suis jetée à l’eau, entourée de cette petite équipe très soudée. Nous avons bien remonté l’association. Tout le monde a compris que nous devions être nombreux et unis pour être forts. D’une quinzaine d’adhérents, nous sommes passés à soixante-treize. Je n’aime pas trop employer le mot « fier », mais dans ce cas, oui, je suis fière du bilan ! Je me suis battue pour cette union. J’ai pour habitude, quand je commence quelque chose, d’aller jusqu’au bout, même si c’est difficile. L’association pourra toujours compter sur moi, je continuerai à aider.

Comment avez-vous ressenti l’évolution du commerce pendant toutes ces années ?

Ce n’est plus comme avant. Tenir un commerce devient de plus en plus difficile. On n’a plus le droit à l’erreur. Il faut rester sérieux en toutes choses, considérer chaque client de la même façon, quelle que soit sa commande, ne jamais décevoir. La baisse du pouvoir d’achat n’arrange rien.

Avez-vous une opinion sur la situation à Marmande ?

Je pense que les choses vont dans le bon sens, mais qu’elles vont prendre du temps. Il ne faut pas se décourager. On entend des gens se plaindre que le centre se meure, que les gens ne viennent plus en ville. Des initiatives sont prises. Je reste positive. Il faut que nous avancions. Clémence Joya, manager du commerce à la mairie, reste à l’écoute. Les gens de la chambre de commerce sont également très compétents, Val de Garonne Agglomération est là aussi pour nous aider en cas de besoin. Les clients doivent garder confiance en leurs commerçants.

Que peut-on vous souhaiter à l’aube de ce nouveau chapitre de votre vie ?

De vivre le plus longtemps possible en bonne santé pour pouvoir encore pendant de nombreuses années m’occuper de ma famille, surtout de mon petit-fils Antoine, de mon mari qui m’a souvent vu très occupée (rires). Que la continuité de mon magasin se fasse dans de bonnes conditions. Et de pouvoir encore et toujours m’occuper des commerçants marmandais.

Propos recueillis par Nicolas Michel.

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