Les Arts à l’honneur au lycée Val de Garonne

L’établissement a connu en cette fin d’année scolaire une période artistique intense avec, d’une part, l’organisation d’un festival de cinéma par les élèves et, d’autre part, un spectacle musical à l’énergie communicative. Professeur de lettres classiques, Mélanie Fievet avait invité «Regard sur Marmande» à assister à la dernière répétition. Récit de nos impressions.

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Derniers moments de concentration et de concertation avant que ne débute l’ultime répétition.

 

Claire, Lisa, Paul et Lou

Dans la grande salle où a été dressée la scène, on ressent l’effervescence propre aux heures précédant la première représentation, entre trac et excitation. Ponctuée d’intermèdes musicaux qui mettent à l’épreuve le sens du timing, la pièce n’est pas facile à interpréter. Les élèves vont en effet se livrer à l’exercice exigeant du portrait choral, où chacun doit trouver le moyen d’exister sans étouffer les autres. Des personnalités extraverties aux tempéraments plus réservés, l’ensemble fonctionne toutefois à merveille. Car, si l’atelier théâtre était ouvert à tous sans exigence de niveau, avoir l’esprit collectif restait une condition indispensable pour rejoindre la troupe.

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Dorian, dont le personnage rêve de Sciences Po.

Qu’en est-il du sujet de la pièce ? «L’an dernier déjà, on a joué une création originale basée sur des improvisations d’élèves», raconte Mélanie, qui travaille en tandem avec sa collègue professeur d’anglais Véronique Mattéra-Manent. «Les acteurs se retrouvaient convoqués pour un conseil de discipline sans trop savoir pourquoi. On découvrait au fur et à mesure qu’il y avait eu un cas de harcèlement scolaire qui avait mal tourné. Cette année, on a eu envie de changer de thématique. On a imaginé l’histoire d’une radio lycéenne qui apprend en cours d’émission qu’elle va devoir s’interrompre faute d’argent». Une métaphore des activités artistiques selon Mélanie. «Nous aussi, on se bat tous les ans pour avoir le budget et continuer !». Dans la pièce, les élèves refusent la mort programmée de leur média et décident de résister. Leur radio devient pirate. «L’expérience permet aux personnages de découvrir des choses sur eux-mêmes, des sentiments qu’ils n’ont jamais osé dire. L’ado modèle va se révéler artiste rebelle. Le blagueur du groupe va annoncer qu’il veut faire Sciences Po».

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Les chanteuses, Ellynn, Clara et Romane, Guillaume à la batterie et Aymeric à la basse.

Aux côtés des jeunes acteurs, il convient de saluer la performance inspirée des musiciens et des chanteuses, chapeautés par un collègue de Mélanie, Hervé Renoult. Un élément clef de la réussite du spectacle car la bande son y joue un rôle prépondérant. Elle souligne l’ambiance collective du moment : enthousiaste au début quand les élèves font leur émission, plus mélancolique lorsqu’ils apprennent que la radio va disparaître, et de nouveau énergique avec l’entrée en résistance.

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Mélanie Fievet n’est jamais loin de la scène pour superviser les derniers détails.

Toujours dans une démarche de valorisation de la filière littéraire, Mélanie s’investit en parallèle depuis deux ans dans l’organisation par les élèves d’un festival de cinéma en collaboration avec Paul Munier, professeur de philosophie. Après le thème du voyage l’an dernier, l’édition 2015 avait pour sujet la domination à travers la programmation plutôt ambitieuse de films comme The Servant de Joseph Losey (1963), Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (1972), Padre Padrone des frères Taviani (1977) ou Furyo de Nagisa Oshima (1983). « L’idée était d’avoir une variété de dates et d’origines. Les élèves ont ensuite réalisés des dossiers pédagogiques avec fiches techniques, synopsis ».

Mélanie se réjouit que le festival représente en fin de compte une belle occasion pour les classes, tous niveaux et filières confondus, de se rencontrer et d‘échanger. «C’est important pour un gros lycée comme le nôtre d’avoir ces moments de partage, de valoriser les talents artistiques, montrer une facette différente du travail des élèves, qui est précieuse».

Nicolas Michel

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Kim Zupan : un Américain à Marmande

La venue d’un écrivain américain dans notre belle cité crée forcément l’événement. Originaire du Montana, un état à la beauté aussi majestueuse que sauvage, Kim Zupan a présenté son roman «Les arpenteurs» lors d’une rencontre organisée à la librairie Le Gang de la Clef à Molette.

«Les arpenteurs» raconte le face-à-face entre John Gload, un tueur impitoyable de 77 ans, qui a été mis derrière les barreaux, et le jeune adjoint du shérif Valentine Millimaki. Deux êtres que tout oppose. «Pourtant, une complicité va se créer», explique Anne, la libraire. «Les deux personnages se ressemblent énormément. Pendant tout le roman se développe un jeu de correspondances entre eux et ils sont unis par un rapport très particulier à la nature».

Les questions suivantes ont été posées à Kim Zupan par les libraires, Anne et Xavier, et par le public venu assister à la conférence. Les propos de l’auteur ont été traduits par Laura Brimo Evin des éditions Gallmeister.

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Kim Zupan.

D’où vous est venue l’idée de confronter ces deux personnages ?

Pour tout vous dire, l’histoire est basée sur des personnes réelles. J’avais il y a plusieurs années un ami qui était à l’époque un jeune shérif et qui faisait des gardes de nuit. Dans ce contexte-là, il a rencontré un criminel, ils se sont parlés et il m’a ensuite raconté cette histoire, devenue les prémices du livre. Mon imagination a fait le reste.

Le personnage de Gload n’apparaît pas antipathique…

C’était clairement mon plus grand défi, ne pas en faire un simple personnage de tueur bêtement méchant, que l’on n’aimerait en rien. Il fallait qu’il devienne quelqu’un de plus consistant et de plus difficile à cerner aussi.

Quel rôle joue la nature dans votre livre ?

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Kim Zupan s’anime lorsqu’il évoque son Montana natal et parle de la nature.

Elle relie les deux hommes. La relation entre Gload et Millimaki s’explique à la fois par la peur et l’attirance que la nature exerce sur eux. Plus jeunes, ils ont été tous les deux des fermiers, des laboureurs (le titre original du roman). Ils ont en commun la nature propre au Montana, vaste et sauvage, parfois assez inhospitalière. Elle est un personnage du livre à part entière et correspond pour moi à un trait essentiel de mon existence. Je vis avec ma femme dans le Montana. J’ai grandi en pleine nature. J’ai appris à pécher, chasser. Quand on vit en extérieur, on apprend assez rapidement que la nature peut vous tuer sans alerte préalable. Il existe un vrai parallèle entre l’homme et la nature. Tous les deux sont capables de beauté pour, l’instant d’après, vous tuer.

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Des auditeurs conquis par l’auteur.

C’est votre premier roman mais on n’a pas du tout l’impression qu’il s’agit d’un coup d’essai.

Techniquement parlant, «Les arpenteurs» n’est pas vraiment mon premier livre, mais mon troisième. J’avais écrit deux autres romans avant, dont l’un a failli être publié. Je suis en train de le reprendre avec une sorte de vitalité retrouvée. Dès que je rentre aux Etats-Unis de ce voyage formidable en France, je m’y remets ! Je suis charpentier depuis très longtemps. Mais je ne me suis jamais considéré comme un charpentier qui écrivait, plutôt comme un écrivain qui était aussi charpentier. Pour tous les auteurs, je pense qu’il est important de faire autre chose que d‘écrire, il faut voir le monde, exister autrement. Ce n’est pas forcément un choix, mais une obligation pour gagner sa vie qui pousse les écrivains à travailler en parallèle.

Quand on parle du Montana, on pense au cinéaste Robert Redford. Seriez-vous attiré par l’écriture pour le cinéma ?

IMG_4943En toute honnêteté, non, je ne l’ai jamais envisagée. Dans mon cas, si je devais penser à un film pendant le processus d’écriture, je crois que je donnerais naissance à un genre de livre que je n’ai pas forcément envie de faire ou de lire. Je sais que certains écrivains fonctionnent comme ça, avec le film en tête. Pour moi, le cinéma et la littérature sont deux formes d’Art distinctes. Prenez Cormac McCarthy par exemple, qui est connu pour son fort tempérament. A quelqu’un qui lui demandait ce qu’il pensait des adaptations cinématographiques de ses livres, «La route» et «No Country for Old Men», il a répondu : «Je m’en moque complètement». C’est comme ça que je ressens les choses.

Quels écrivains nourrissent votre œuvre et votre vie ?

Quand j’étais jeune, j’ai eu ma période Edgard Allan Poe. Maintenant, comme tous les auteurs américains, il existe des références auxquelles nous sommes très attachés, Hemingway, Faulkner, que l’on soit prêt à l’avouer ou non. En ce qui me concerne, je l’admets avec plaisir. Saul Bellow et Robert Stone font partie aussi de mes influences.

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Une séance de dédicaces a conclu la soirée.

Comment percevez-vous l’accueil de votre roman en France ?

Vous m’avez réservé un très bel accueil, je suis flatté. Aux Etats-Unis, les gens aiment les livres évidemment, mais la situation n’est pas comparable à celle que j’ai trouvée en France. On sent qu’il y a chez vous un amour de la culture profondément enraciné, dû au fait que votre pays compte plusieurs siècles d’histoire supplémentaires par rapport aux Etats-Unis. On peut juste espérer que dans 600 ans, les Etats-Unis auront développé le même amour de la littérature et de la culture.

 

Clémence Joya : le commerce marmandais à l’heure du numérique

Manager du commerce et de l’artisanat au sein de la mairie de Marmande depuis février 2015, Clémence Joya nous parle des enjeux pour le centre-ville et nous présente l’application «Marmande Avenue», destinée à ouvrir une nouvelle ère mobile.

La mairie de Marmande

Quelles sont les missions inhérentes au poste que vous occupez ?

Redynamiser le commerce marmandais, faire venir de nouveaux porteurs de projets, les conseiller, les rediriger vers la Chambre de Commerce et des Métiers. Je dois aussi faire le lien entre l’association des commerçants et la mairie, développer des stratégies pour ramener les gens dans les commerces de proximité. J’accompagne ainsi les commerçants dans le virage du numérique et de l’e-commerce.

Comment jugez-vous la situation du commerce à Marmande ?

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Le stationnement en centre-ville fait débat.

Le constat est quasiment le même partout en France. Le centre-ville est délaissé au profit des zones commerciales avec une proposition et une variété de produits qui sont concentrées, ainsi que des facilités de stationnement. C’est-ce que l’on voit à Marmande avec la Route de Bordeaux, où il y a une forte affluence le samedi par exemple, alors que les commerçants en centre-ville ressentent le départ des consommateurs. Le cœur de ville bénéficie pourtant d’une offre intéressante et diversifiée, avec un équilibre entre franchises et indépendants, mais elle n’est pas assez mise en avant. Il y a tout un travail de communication, de marketing territorial, à accomplir, en le combinant à une réflexion sur les horaires, la circulation, le stationnement et le numérique.

Comment analysez-vous la question du stationnement justement ?

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Le parking de La Filhole.

Elle est liée à la question de savoir si l’on prend son véhicule ou non. Il faut réfléchir à une solution intermédiaire, privilégier le piéton sans forcément interdire la voiture. De là découlera un cheminement commercial et du stationnement qui sera adapté à chaque rue. Il faut expliquer aux Marmandais qu’en se garant au parking gratuit de La Filhole, le centre-ville reste proche et accessible. Nous avons actuellement une personne qui travaille sur le développement du vélo en centre-ville et périphérie proche tout en intégrant le futur projet multimodal de la gare. Une réflexion se fait et elle aura des conséquences sur le commerce.

Une vision du futur Boulevard Gambetta, axe primordial de la gare.

Il y a eu plusieurs remontées par rapport à des contraventions qui ont été dressées. Est-ce un moyen envisagé pour dissuader les habitants de prendre leur voiture ?

Pas du tout ! La police n’a pas vocation à faire fuir le stationnement en centre-ville.

Dans le projet «Centre ville, Cœur de vie», on peut lire : «identifier le centre-ville comme un lieu d’ancrage et non de passage». Vous pourriez développer ?

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La rue Charles de Gaulle : un concentré de commerces.

L’idée, c’est d’identifier Marmande comme le cœur de Val de Garonne et non plus un passage entre Bordeaux et Agen, en faire un lieu de vie sur le plan commercial, de la culture et de l’habitat, développer des services pour donner envie aux gens de rester sur le territoire. Il manque des activités nocturnes par exemple. On voudrait développer des lieux de convivialité. C’est là que le commerce à son rôle à jouer pour le projet «Centre-ville, Cœur de ville». On souhaite aussi créer une boucle de cheminement commercial, qui amènerait les gens à profiter du centre-ville du début de la rue Charles de Gaulle à La Filhole. Enfin, il est important de s’inscrire dans le numérique.

Sur ce point, vous avez lancé l’application «Marmande Avenue». Pourriez-vous nous la présenter ?

QR Code
Le code à flasher pour accéder à l’application.

Elle existait déjà sous le nom «Mobil Avenue». Du côté consommateur, vous la téléchargez gratuitement sur votre smartphone, vous vous inscrivez et l’application va générer un QR code qui vous est propre et qui va correspondre à votre carte de fidélité. Quand vous allez dans une boutique et que vous faites un achat, vous présentez votre QR code, le commerçant le flashe et en fonction de son programme de fidélité, il vous dira si vous avez droit à des remises ou des cadeaux. Grâce à l’application, vous restez au courant des bons plans, des promo et des nouveautés. Si vous cherchez une boutique, vous pourrez la trouver grâce à la géolocalisation. Vous pourrez filtrer par thématique : shopping, alimentation…logomarmandeavenuerectangle

Du côté des commerçants, chacun doit s’équiper au minimum d’un ordinateur avec une caméra ou une tablette pour pouvoir flasher les QR codes. Ce qui est intéressant pour eux, c’est qu’ils peuvent créer leur site mobile et communiquer leurs informations, leur événementiel. Ils peuvent envoyer des alertes via l’application à l’ensemble des inscrits et ainsi toucher un ensemble important de personnes qui ne sont pas encore forcément clients chez eux.

L’application est gratuite pour les clients, mais à combien revient l’abonnement pour les commerçants ?

Les tarifs ont été négociés entre la société D2com et la mairie : 84 euros hors taxe pour le paramétrage et la création du site mobile et ensuite 12 euros hors taxe d’abonnement mensuel. A l’heure actuelle, nous avons une quarantaine de commerçants inscrits, essentiellement en centre-ville, mais on commence aussi à s’écarter notamment vers le quartier de Lolya. L’application est bien accueillie dans l‘ensemble. Nous avons un bon retour des commerçants, qui attendent des projets comme celui-ci.

Propos recueillis par Nicolas Michel.